Livre Source médiéval: Jean de Monte Corvino: Rapport de Chine 1305

Livre Source médiéval: Jean de Monte Corvino: Rapport de Chine 1305

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Jean de Monte Corvino (1247-1328) était un prêtre franciscain et le premier archevêque de Cambalec (aujourd’hui Peiping) en 1307. Il a traversé l’Asie centrale pendant un rare intervalle de paix lorsque cette région était contrôlée par les Khans mongols.

Moi, Frère Jean de Monte Corvino, de l’ordre des Frères Mineurs, partit de Tauris, une ville des Perses, l’année du Seigneur 1291, et partit pour l’Inde. Et je suis resté dans le pays des Indes, où se trouve l’église de Saint-Thomas l’Apôtre, pendant treize mois, et dans cette région j’ai baptisé en différents endroits une centaine de personnes. Le compagnon de mon voyage était le Frère Nicolas de Pistoia, de l’ordre des Prédicateurs, qui y mourut et fut enterré dans l’église susmentionnée.

J’ai poursuivi mon voyage et me suis dirigé vers Cathay, le royaume de l’Empereur des Tartares qui s’appelle le Grand Cham. Je lui ai présenté la lettre de notre seigneur le Pape, et je l’ai invité à adopter la Foi catholique de notre Seigneur Jésus-Christ, mais il était devenu trop vieux dans l’idolâtrie. Cependant, il accorde beaucoup de bonté aux chrétiens, et ces deux années passées, je demeure avec lui. . . . Dans cette mission, je demeure seul et sans associé pendant onze ans; mais cela dure maintenant deux ans depuis que j’ai été rejoint par le frère Arnold, un Allemand de la province de Cologne.

J’ai construit une église dans la ville de Cambaliech, dans laquelle le roi a sa résidence principale. J’ai terminé cela il y a six ans; et j’y ai construit un clocher, et j’y ai mis trois cloches. J’y ai baptisé, aussi bien que je puisse estimer, jusqu’à ce moment quelque 6000 personnes ; et si les accusations dont j’ai parlé contre moi n’avaient pas été portées, j’en aurais baptisé plus de 30 000. Et je suis souvent encore engagé dans le baptême.

J’ai aussi peu à peu acheté cent cinquante garçons, enfants de parents païens, et d’âges variant de sept à onze ans, qui n’avaient jamais appris de religion. Ces garçons, je les ai baptisés, et je leur ai appris le grec et le latin selon notre manière. J’ai aussi écrit des Psautiers pour eux, avec trente Hymnes et deux Bréviaires. Avec l’aide de ceux-ci, onze des garçons connaissent déjà notre service, et forment une chorale et prennent leur tour hebdomadaire de service comme ils le font dans les couvents, que j’y sois ou non. Beaucoup de garçons sont également employés à écrire des psautiers et d’autres choses appropriées. Sa Majesté l’Empereur se réjouit d’ailleurs beaucoup de les entendre chanter. Je fais sonner les cloches à toutes les heures canoniques, et avec ma congrégation d’enfants et d’enfants en bas âge, je fais le service divin, et le chant que nous faisons à l’oreille parce que je n’ai pas de livre de service avec les notes.

En effet, si je n’avais eu que deux ou trois camarades pour m’aider, il est possible que l’empereur Cham se soit fait baptiser à ce moment-là ! Je demande alors que de tels frères viennent, s’ils sont prêts à venir, tels que je veux dire, feront de leur grande affaire de mener une vie exemplaire. . . .

Quant à la route ici, je peux vous dire que le chemin à travers le pays des Goths, soumis à l’empereur des Tartares du Nord, est le plus court et le plus sûr; et par là les frères pourraient venir, avec les porteurs de lettres, dans cinq ou six mois. L’autre itinéraire est encore très long et très dangereux, impliquant deux voyages en mer; . . . Mais, d’un autre côté, la première voie n’a pas été ouverte depuis un temps considérable, à cause des guerres qui ont eu lieu.

Cela fait douze ans que j’ai de mauvaises nouvelles de la cour papale, ou de notre Ordre, ou de la situation générale en Occident. . . .

J’ai moi-même vieilli et gris, plus avec le labeur et les ennuis qu’avec les années; car je n’ai pas plus de cinquante-huit ans. J’ai une connaissance compétente de la langue et du caractère qui sont le plus généralement utilisés par les Tartares. Et j’ai déjà traduit dans cette langue et ce caractère le Nouveau Testament et le Psautier, et j’ai fait en sorte qu’ils soient écrits dans la plume la plus juste qu’ils aient; et ainsi, en écrivant, en lisant et en prêchant, je témoigne ouvertement et publiquement de la Loi du Christ. . . .

D’après ce que j’ai jamais vu ou entendu dire, je ne crois pas qu’un roi ou un prince dans le monde puisse être comparé à sa majesté le Cbam en ce qui concerne l’étendue de ses dominions, l’immensité de leur population, ou la quantité de sa richesse. Je m’arrête là.

Daté à la ville de Cambalec dans le royaume de Cathay, en l’an du Seigneur 1305, et le 8 janvier.

Lettre de John Monte Corvino, in Cathay and the Way Thither, traduite et éditée par Sir Henry Yule, deuxième édition révisée par Henri Cordier (Londres : Hakluyt Society, 1914),, Vol. III, Deuxième Série, vol. 37, p. 45 à 51, passim. Légèrement abrégé et réimprimé dans Leon Barnard et Theodore B. Hodges, Readings in European History, (New York: Macmillan, 1958), 107-108

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(c) Paul Halsall Avril 1996
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